Je te cracherai dessus. Je déroberai le plus précieux de toi. Je t'abattrai sans que tu t'en rendes compte. J'irai jusqu'à te mentir, me jouer de toi. Je t'écorcherai, je volerai tes nuits, ton intimité, ton besoin d'être toi. Je te sauterai dessus, venimeuse. Je défoncerai ton lit. Ton égo n'existera plus, il se supprimera. Je bondirai sur ta chair, je la ferai éclater. Sous le poids de tes soupirs, tu écrabouilleras mon corps. Tu briseras mes os, sous l'emprise de tes mains. Tu ne seras plus rien, mais tu resteras trop pour moi. Je jubilerai. Je casserai ce qui t'entoure, tes murs, ta porte, je te réveillerai pour de bon. Je serai satisfaite, insatisfaite. Comme toujours. Tu oublieras ta vie, je ramperai à tes pieds, mais je te manipulerai aussi bien que je sais ramper. Ton esprit sera si occupé que tu perdras la tête, tu laisseras de côté cette raison qui l'emporte toujours sur tes envies. Je n'aurai pas besoin de te menacer, tu me contenteras largement. Je déchirerai tes livres, tes lèvres, et le vent se chargera de tout ça. Tout ça. Tu me toucheras des yeux, tu me dévisageras sans savoir quoi faire, et tu n'auras aucun droit sur mon esprit ni même sur ce qui me reste d'os et de peau. Le minimum te va bien à toi, et tu ne demanderas pas plus. Tu m'effleureras de tes pupilles dilatées, sans trouver mon regard une seule fois: tu n'en es pas capable. Et moi je ne me lasserai pas de t'admirer, de te redécouvrir, de te deshabiller du regard, aussi indiscrete. Je serai folle de toi, je serai folle à en mourir, juste pour te défier. A ma manière. Puis je te laisserai comme ça, seul, avide. Vide. Sans rien sur quoi te raccrocher. Je m'en irai une nuit, quand tes yeux sembleront ne plus jamais être prêts à se rouvrir. Je claquerai la porte, toutes les portes. Mais tu ne te réveilleras pas. J'aurai user de mon pouvoir, qui, le sais-tu, coule aussi bien dans mon esprit que dans mon corps. Ma force et mes veines. Tu dormiras toujours sur cet oreiller, enfoui dans cette couette si douce, retenant chacun de nos gestes, de nos souffles, nos gémissements. Tu mourras avec tous ces souvenirs que je te lèguerai, bien volontiers. Moi, durant ton long sommeil, le repos de tant d'agitations, je ferai l'amour sur les toits. Ils ne s'en plaindront pas. J'exploserai sous ton soleil, sous ta chaleur devenue si glaciale. Je briserai mon coeur comme j'ai brisé le tien.
